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Les mammites: soigner la mammite sans antibiotique



Introduction

La mammite est une maladie qui affecte un grand nombre de vaches laitières partout dans le monde. Un sondage réalisé dans l'ensemble des principaux pays producteurs de lait indique que la mammite de type clinique touche chaque année 15 à 20% des vaches. Au Canada et aux USA, on considère que la moitié des vaches sont infectées dans un quartier ou plus. Au Danemark, on évalue que la mammite justifie 30 à 40% des interventions vétérinaires.

L'utilisation d'antibiotiques n'est pas la solution idéale. Outre les problèmes qu'elle engendre au niveau du lait (retrait du lait pendant x jours, contamination possible avec les résidus d'antibiotiques, problèmes lors de la transformation en yogourt et fromage), l'utilisation d'antibiotiques n'a pas fait diminuer le taux de mammite depuis qu'elle est pratiquée. Les problèmes de résistance ou carrément d'inefficacité sont par ailleurs réels dans les cas de mammites provoquées par les coliformes et les staphylocoques dorés.
En agriculture biologique, l'usage d'antibiotiques n'est ni normalement autorisé, ni désirable. Il existe par contre un grand nombre de mesures préventives et curatives disponibles aux producteurs pour faire face au problème. Le contrôle de la mammite doit aussi passer par une bonne compréhension des facteurs qui la favorisent et des micro-organismes qui la provoquent.

Types de mammites

Comme la mammite est une maladie qui s'exprime à divers degrés d'intensité et qui peut être provoquée par différents organismes, il existe tout un jargon qui se rapporte à la maladie. On parle trop souvent de LA mammite alors qu'on devrait plutôt parler DES mammites. Il est donc important de pouvoir reconnaître les différents types de mammites car cela va déterminer les actions à prendre autant au niveau de la prévention que des traitements. Afin de clarifier les termes qui sont employés tout au long de ce texte, le tableau 1 présente les définitions et caractéristiques des différents types de mammite.

   Tableau 1 - Caractéristiques des différents types de mammites

Type de mammite

Symptômes caractéristiques ou définition

Clinique aiguë

Inflammation de la mamelle, fièvre de plus de 39C, sujet faible et déprimé, manque d'appétit. Rendement laitier baisse drastiquement. Suit souvent le vélage et, de façon moins grave, le tarissement.

Clinique suraiguë

Quartier enflé, chaud, rouge, douloureux. Le lait passe difficilement. Fièvre de plus de 41C, la vache n'a pas d'appétit, frissonne et perd du poids rapidement. La lactation est souvent interrompue.

Clinique subaiguë

Aucun changement apparent du pis, présence de caillots dans le lait, surtout dans les premiers jets. Sujet bien portant.

Infraclinique

Aucun symptôme.15 à 40 cas pour un cas clinique. Le lait est d'apparence normale. Le seul changement est la détection de l'agent pathogène à l'analyse et l'accroissement du compte somatique. Surtout causée par Staphylococcus aureus.

Chronique

Attaques cliniques répétées mais peu fortes, généralement sans fièvre. Lait grumelleux, quartiers enflés parfois. Le quartier peut devenir dur (indurations fibreuses). Les traitements antibiotiques ne fonctionnent souvent pas.

Gangréneuse

Le quartier affecté est bleu et froid au toucher. La décoloration progresse du bas vers le haut. Les parties nécrotiques tombent du corps. La vache en meurt souvent.

Contagieuse

Mammite provoquée par des bactéries comme Staphylococcus aureus et Streptococcus agalactiae, dont les vaches infectées sont la source principale.

Environnementale

Mammite provoquée par des bactéries comme les coliformes (E. coli, etc.), dont la source principale est un environnement contaminé le plus souvent par du fumier.


Micro-organismes responsables de la mammite

On peut retrouver sur et dans le pis de la vache un grand nombre de microorganismes. Watts (1988) a identifié 137 espèces et sous-espèces de microbes qui peuvent être associés à la glande mammaire de la vache. Plusieurs d'entre eux font partie de la flore bactérienne normale et ne causent pas, sauf exception, de mammites. Ils peuvent même au contraire protéger le pis des infections de bactéries pathogènes.
Plusieurs autres micro-organismes peuvent par contre provoquer l'infection des glandes mammaires. Les plus fréquemment rencontrés, ceux qui causent environ 90% des mammites, sont présentés au tableau 2. On distingue les micro-organismes contagieux et les micro-organismes environnementaux. Les micro-organismes contagieux, qui survivent et prolifèrent sur la peau et les blessures aux trayons, ont comme source principale les vaches infectées. Il s'agit de Streptococcus agalactiae, Staphylococcus aureus et Streptococcus dysgalactiae. Les micro-organismes environnementaux (Escherischia coli et autres coliformes, Streptococcus uberis) ne sont que de passage sur le trayon. Leur présence reflète plutôt un haut niveau de contamination du sol, de la litière, de l'eau, par du fumier surtout.
Pour qu'un micro-organisme cause une infection dans un quartier, il faut d'abord qu'il envahisse ce quartier et que la vache ne puisse s'en débarasser avant qu'il ne se multiplie.

. Voici un scénario typique qui mène à l'apparition d'une mammite.
1. Contact avec le microbe: Le nombre de microorganismes s'accroît près de l'orifice (ou sphincter) d'un ou plusieurs trayons. C'est là que l'hygiène et les procédures de traite ont un rôle important à jouer pour éviter que ces microbes pénètrent le quartier.
2. Entrée du microbe dans le trayon: Cette entrée peut être forcée par la trayeuse mécanique, surtout en fin de traite. Les trayons endommagés (blessures, kératine abimée à l'intérieur du trayon) ou trop ouverts vont être plus facilement envahis. C'est à ce niveau que l'ajustement des trayeuses et la prévention des blessures est critique.
3. Réponse immunitaire de la vache: la première ligne de défense de la vache consiste à envoyer plus de globules blancs (leucocytes) pour éliminer les microbes qui ont pénétré dans le trayon. Si cette réponse est insuffisante, le microbe se multiplie et la vache montre d'autres réponses immunitaires comme la fièvre. L'efficacité du système immunitaire de la vache dépend d'un grand nombre de facteurs. A ce niveau aussi, le vacher peut faire beaucoup pour assurer une bonne réponse immunitaire.

Tableau 2 - Principaux micro-organismes impliqués dans les infections mammaires, leurs caractéristiques et leur prévention

Espèce

Source

principale

Milieu de vie

Facteurs de propagation

Symptômes

Traitement préventif

Streptococcus

agalactiae

Vaches infectées

Quartier infecté et pis seulement

Utilisation d'une guenille commune.

Fièvre peu forte d'environ 24 heures.



Bain de trayon après la traite réduit le problème de 50%

Réforme des vaches infectées

Staphylococcus

aureus

Vaches infectées

Sur trayon anormal et pis, trayeuses, vagin, amygdales

Transmis par mains ou guenilles, pénètre durant la traite.

Souvent très aiguë quelques jours après le vélage. Peut être fatale. Le quartier enfle et devient mauve. Affecte tout le système rapidement. Dans la forme chronique, durcissement du pis, sécrétion aqueuse, atrophie éventuelle du quartier. Forme intermédiaire avec sécretion grumeleuse. Lait plus chaud que normale.

Streptococcus dysgalactiae

Vaches infectées

Quartier infecté, bless.

 

Enflement prononcé du ou des quartiers infectés. Lait très anormal. Fièvre forte dans un cas grave.

Streptococcus

uberis

Environne-ment contaminé

Sur la peau de la vache, la bouche, le sol

Lave-pis négligé,

séchage insuffisant,

manque de litière,

parc boueux.

Enflement prononcé du ou des quartiers infectés. Lait très anormal. Fièvre forte dans un cas grave

Affecte surtout les vaches taries et les génisses.

Lave-pis: laver les trayons seulement, bien sécher avec papier jetable pour chaque vache.

Escherischia coli

Environne-ment

contaminé

Sol, litière (copeaux et bran de scie), fumier, eau,

Stalle de vélage sale,

manque de litière,

lave-pis inadéquat.

Souvent très grave. Peut mener à la perte du quartier et parfois à la mort. Les sécrétions sont maigres et jaunes, contiennent des grumeaux semblables à du son. Fièvre élevée souvent.

Litière abondante.

Corynebacterium pyogenes

Certains insectes

Vallées humides, boisés

 

Réaction systémique prononcée à cause des toxines produites par la bactérie. Souvent plus d'un quartier est affecté. Ils deviennent durs, donnent une sécrétion épaisse et puante semblable à du fromage et difficile à sortir. Abcès par après qui crèvent et déchargent un pus crémeux et perte de tissus.

 


Facteurs qui favorisent la mammite

Le problème de la mammite est difficile à cerner. Il s'agit d'une maladie causée par plusieurs facteurs. Les micro-organismes sont responsables de l'infection, mais pour que ceux-ci entrent dans les glandes mammaires et qu'ils s'établissent au point de provoquer une infection, une foule de facteurs peuvent intervenir. Ces facteurs (hygiène, stabulation, climat, trayeuses, alimentation, génétique, etc.) sont nombreux et agissent tous en même temps. Il est de plus difficile de généraliser quant à l'importance relative de chacun de ces facteurs, certains facteurs affectant certains microorganismes en particulier.
Klastrup et al. (1987) évaluent que 25 % de la susceptibilité aux infections sont attribuables aux facteurs environnementaux, 20 % aux facteurs génétiques, et 50 % à la régie de troupeau.

Facteurs environnementaux

Climat
Le climat peut avoir une influence directe ou indirecte sur l'apparition de la mammite. Les auteurs anciens (Eckles, 1913; Sheldon, 1880) insistent beaucoup sur le fait que l'exposition au froid intense, aux courants d'air, à une humidité excessive ou à une chaleur extrême prédispose à la mammite.
Tout comme ils favorisent nos rhumes, on peut comprendre que des changements rapides de température seraient favorables à l'incidence de la mammite. D'après la revue de littérature de Klastrup et al. (1987), les recherches sur l'influence de la température sur l'incidence de la mammite indiquent que les extrêmes de température interagissent avec d'autres facteurs pour favoriser l'apparition de la mammite mais vont rarement à eux seuls entraîner son apparition. Les extrêmes de température peuvent aussi affecter le nombre de cellules somatiques. On peut donc parler de tendance à la mammite lorsque les températures sont extrêmes. Ainsi, en Floride, une plus grande fréquence de mammite clinique a été notée 3 années sur 7 pendant les périodes très chaudes et très humides (Morse et al., 1988).
Un type particulier de mammite souvent appelée mammite d'été, est provoquée par des insectes piqueurs qui contaminent le pis avec la bactérie Corynebacterium pyogenes et autres bactéries anaérobiques. La fréquence de ce type de mammite varie selon les régions, les vallées humides étant souvent les plus propices.
Le climat peut aussi avoir une influence indirecte. Par exemple, des conditions boueuses à l'extérieur provoquées par des pluies abondantes vont faire en sorte que certains microorganismes vont prospérer et donc augmenter les chances d'infection.
Stabulation
Le seul fait de garder les vaches à l'intérieur accroît l'incidence de la mammite. Lorsque les vaches sont à l'intérieur, les chances de blessures au pis augmentent. On rencontre aussi des microorganismes dont les populations sont généralement moins concentrées à l'extérieur. En Australie, où les vaches ne vont à l'intérieur que pour la traite, il est rare de voir des mammites causées par les coliformes.
Bien que la question soit souvent débattue, il semble que la mammite est moins fréquente en stabulation libre qu'en stabulation entravée. On pourrait penser que les mammites sont plus fréquentes dans les systèmes à stabulation libre parce que les microbes sont plus facilement transmis d'une vache à l'autre. Par contre, les vaches sont habituellement plus «heureuses» en stabulation libre, ont moins de chance de se blesser ou d'être en contact avec de la litière souillée et sont donc moins sujettes aux mammites. L'ajustement social des vaches dans le troupeau est aussi beaucoup plus clair en stabulation libre. D'après une étude serbe (Milojevic et al. , 1988), il y aurait 27% moins de cas de mammite infraclinique et 42% moins de cas de mammites cliniques dans les troupeaux en stabulation libre que dans les troupeaux en stabulation entravée.
En stabulation entravée, certains types de stalles seraient plus propices à l'incidence de la mammite. Plus la stalle est longue et large, plus la vache est libre de ses mouvements, moins grand est le nombre de blessures et l'incidence de la mammite (Keller, 1977). Ce qui nuit le plus, c'est ce qui restreint les mouvements verticaux de l'animal, particulièrement lorsqu'il se lève et se couche. Une partition entre les stalles réduit l'incidence de la mammite en prévenant les mouvements brusques des voisines et les chances d'écrasement des trayons.
Qualité de l'air à l'intérieur
Des courants d'air, beaucoup d'humidité et des changements fréquents de températures dans une étable sont des facteurs qui contribuent à la fréquence de la mammite. Comme nous l'avons vu à la page précédente, la question de l'effet indirect sur l'immunité de l'animal n'est pas très bien étudiée. Par contre, l'effet sur la concentration des pathogènes dans l'étable l'est plus. Par exemple, la bactérie Klebsiella pneumoniae cause plus d'infection quand l'humidité relative est basse (Turner et Salmonsen, 1973), tandis que le nombre d'infections causées par E. coli ne varie pas en fonction de l'humidité relative.
Litière
Qu'on soit en stabulation libre ou en stabulation entravée, la litière a un rôle important à jouer dans l'incidence de la mammite. Lorsqu'on pense au lait mammiteux qui tombe par terre, à l'humidité qui favorise le développement microbien sur la litière et au fait qu'il est commun pour une vache de passer 14 heures sur 24 en contact avec la litière, on comprend facilement cette importance. Dans une expérience où des vaches étaient gardées avec ou sans litière, le taux de mammites était plus du double sans litière. De la litière insuffisante dans un élevage en stabulation libre, surtout dans un grand troupeau, peut mener à des situations graves dans le cas des mammites contagieuses.
Différents matériaux utilisés comme litières peuvent affecter la croissance de différents microorganismes. La paille est le matériau le plus recommandable en général. La paille d'avoine coupée et le bran de scie de cèdre sont moins favorables au développement rapide des microorganismes pathogènes que le papier journal (Brim et Timms, 1989). La paille coupée est par contre plus favorable aux Klebsiella que le bran de scie (Hogan et al., 1989). Le bran de scie et les copeaux, surtout s'ils ont chauffé, encouragent le développement rapide des coliformes en général et sont souvent responsables des «épidémies» de mammites à coliformes (Philpot, 1978).
Stress
Plus un animal subit du stress dans son environnement, moins son système immunitaire est efficace, et moins il résiste aux invasions microbiennes. Donc, plus il y a de stress, plus les chances de mammites augmentent (Giesecke, 1985). Giesecke a même démontré que le stress affecte l'intégrité des cellules intramammaires, ce qui est un facteur de plus qui favorise la mammite. Voici quelques exemples de sources de stress:
  - Une densité excessive d'animaux. La proximité des vaches favorise les échanges microbiens et les relations tendues entre les animaux;
  - L'irrégularité dans la régie, l'imprévisibilité du comportement du vacher;
  - Le bruit peut être une cause de stress;
  - Les tensions parasites.

Facteurs génétiques

Il s'est fait beaucoup de recherches dernièrement sur l'influence des facteurs héréditaires sur la susceptibilité à la mammite. Les différentes races de bovins laitiers ne sont pas toutes également susceptibles à la mammite. Les grosses productrices ont plus tendance à être atteintes. La sélection dirigée uniquement vers la production laitière est sans doute un facteur important dans le fait que la fréquence des mammites soit plus haute. Selon différentes sources, les facteurs héréditaires comptent pour 12 à 20% dans la susceptibilité à la mammite dans une même race.
Les vaches sélectionnées pour plusieurs traits ont de plus haut décompte somatique (meilleure réponse immunitaire), nécessitent près de deux fois moins de traitement et on jette moitié moins de leur lait que les vaches sélectionnées pour un seul trait, qui par contre produisent plus de lait (Vaamonde et Adkinson, 1989).
Au niveau génétique, il y a une corrélation entre le pourcentage de gras du lait et l'incidence de mammites cliniques. Plus une lignée de vache donne du lait gras, plus elle est susceptible aux mammites. Il est donc important de ne pas sélectionner seulement sur cette base.

Facteurs nutritionnels

Malgré plusieurs études sérieuses sur le sujet, les liens entre l'alimentation et la mammite soulèvent encore des interrogations dans les milieux scientifiques. Deux pratiques qui accroîtraient les risques de mammite sont les changements rapides dans l'alimentation et l'excès ou le déséquilibre des différentes composantes de la ration.
Azote et protéines
Un excès azoté ou protéique dans l'alimentation est souvent cité comme un des facteurs favorisant la mammite. Selon une étude danoise, il n'y a toutefois pas de lien définitif entre la teneur en protéines de la ration et l'incidence de la mammite (Madsen et Nielsen, 1981). Par contre, les preuves sont plus abondantes en ce qui concerne l'effet néfaste de l'azote qui n'est pas sous forme de protéines (urée et ammoniaque) sur l'incidence de la mammite.
Les rations riches en azote non protéique (ANP) sont particulièrement dures pour les globules blancs ou leucocytes qui protègent le pis. Des changements brusques de ration vers des rations à base de maïs humide ou d'ensilage de luzerne, riches en ANP, sont à éviter. Un accroissement même modeste du taux d'ammoniaque dans le sang a des répercussions sur le métabolisme. Si de telles rations sont utilisées, il faut veiller à donner assez de fibres pour nourrir les microorganismes du rumen qui vont convertir l'azote non protéique en protéines bactériennes.
Selon des chercheurs allemands (Emmert et Wendt, 1991), il y a une relation significative entre le taux d'urée dans le sang et la colonisation bactérienne du pis. Dans une autre expérience, l'ajout d'urée à la ration a augmenter la susceptibilité à l'infection et a accru de plus de 16% le nombre d'infection (Sterk et al., 1978). L'effet sur le système immunitaire est surtout évident lorsque l'urée est donnée en grandes quantités (plus que 180g/jour de plus que les besoins en azote) selon Bargeloh et Thomas (1976).
Concentrés et énergie
Il est généralement recommandé de diminuer la quantité de concentrés donnée à une vache atteinte de mammite. Il semble que cela soit aussi vrai pour prévenir la mammite selon une étude allemande (Klug et al., 1989) réalisée sur 1038 vaches de première lactation et 572 vaches des lactations suivantes. En effet, lorsque la ration de vaches contenait 25% de concentrés plutôt que 40%, l'incidence de la mammite était de 6,8% en comparaison de 35,7% pour les vaches en première lactation et de 18,9% en comparaison de 36,8% pour les autres vaches.
La même étude comparait aussi différents taux d'énergie dans la ration. Une haute teneur énergétique dans la ration avait pour effet d'augmenter l'incidence de la mammite chez les vaches en première lactation alors que l'effet inverse était observé chez les autres vaches.
Rapport calcium-phosphore
Un rapport calcium-phosphore inadéquat dans la ration amène des problèmes de fièvre du lait au vélage (Radostits, 1961). Dans de gros troupeaux, jusqu'à 50% des animaux qui manque de calcium dans leur ration vont développer une mammite à coliformes en quelques heures après le vélage. Cette hypocalcémie provient généralement d'une ration au rapport calcium-phosphore inadéquat pendant la période de tarissement. Pour plus de détail sur la ration pendant le tarissement, voir la page 20.
Ensilage et foin
Les ensilages de mauvaise qualité sont très néfastes pour le système immunitaire. Les protéines et les glucides surchauffées peuvent tuer les globules blancs qui protègent le pis. Les vaches nourries au foin et au grain ont de toute façon une plus grande résistance à plusieurs pathogènes que des vaches nourries à l'ensilage (Pounden et al., 1952). En certains cas, les pseudomonades et les Proteus sont les seuls microorganismes qui survivent aux hautes températures produites lors de l'ensilage. Les ensilages ainsi contaminés peuvent donc être la source des mammites, quand même plutôt rares, causées par ces organismes.
Le foin moisi et les mycotoxines sont aussi nuisibles aux globules blancs et donc affaiblissent le système immunitaire.

Luzerne et autres légumineuses
Les légumineuses, et particulièrement la luzerne, contiennent des substances oestrogéniques dont la concentration varie avec la maturité de la plante. Le fait d'ensiler ces légumineuses ne diminue pas leurs propriétés oestrogéniques. Par un mécanisme physiologique encore mal expliqué, ces substances oestrogéniques externes (c'est-à-dire qui ne sont pas produites par la vache elle-même) ont tendance à favoriser la mammite. Plusieurs études indiquent que l'inclusion de luzerne à la ration de vaches atteintes de mammite chronique exacerbe l'infection. Le fait le plus important à retenir est de ne pas donner des foins ou ensilages riches en légumineuses aux taures et génisses. Cet apport oestrogénique encourage un développement prématuré du pis et favorise l'incidence de mammite environnementale selon les travaux de Bushnell cités par Klastrup et al. (1987).
Sélénium et vitamine E
Dans les dix dernières années, plusieurs chercheurs se sont penchés sur l'utilisation de suppléments et le rôle du sélénium et de la vitamine E dans la prévention et le traitement de la mammite. Le maintien d'un taux adéquat de sélénium dans l'organisme permet de prévenir la mammite, de rendre l'infection moins forte et de la faire durer moins longtemps lorsqu'elle a lieu. Le sélénium permettrait de renforcer la réponse du système immunitaire en accroissant la décharge d'un plus grand nombre de leucocytes et en augmentant l'efficacité des phagocytes (Erskine et al., 1989). Le sélénium et la vitamine E travaille ensemble dans l'organisme. Ainsi, un supplément seul de vitamine E de 1000 IU/jour réduit le compte somatique mais pas l'incidence de la mammite (Batra et al., 1992).
Avec la supplémentation en sélénium et vitamine E, on peut s'attendre à des réductions de 42% pour les infections au vélage, de 59% pour la durée de l'infection et de 32% pour les mammites cliniques. Le rôle du sélénium est considéré comme plus important dans le cas des mammites infracliniques (Ndiweni et al., 1991).
La supplémentation en sélénium jouerait un rôle particulièrement important dans le cas des mammites provoquées par E. coli. Par exemple, les vaches qui reçoivent un supplément de sélénium de 0,35 mg/kg de matière sèche résiste mieux aux mammites provoquées par des bactéries de type E. coli (Maddox et al., 1991). Erskine et al. (1989) ont constaté que ce type de mammite dure encore moins longtemps lorsque des vaches recoivent 2 mg de sélénium par jour par kilo de ration.
Les taux sanguins recommandés sont de 0,2-1,0 g/ml pour le sélénium et plus que 4 g/ml pour la vitamine E. La ration devrait fournir 3 mg de sélénium par jour dans le cas des vaches taries et 6 mg/jour pour les vaches en production. La ration devrait fournir 1000 IU de vitamine E par jour pour les deux catégories de vache (Smith et al., 1989). La supplémentation avec de la vitamine E a plus d'effet pour les vaches taries que pour les vaches en lactation. Pour ces dernières, une bonne partie des suppléments de vitamine E est évacuée dans le lait.
Important: Il est inutile et même néfaste de donner uniquement (c'est-à-dire sans supplément de vitamine E) de grosses doses de sélénium, car celui-ci peut être toxique. Ainsi, une dose de sélénium de 16 mg/jour résulte en plus de mammite sauf si des suppléments de vitamine E sont donnés en même temps (Weiss et al., 1990).
Silice
Des chercheurs finlandais (Parantainen et al., 1987) ont noté que le taux de silice dans le lait mammiteux n'était que de 0,39 mg/litre tandis qu'il est de 0,81 mg/litre dans le lait normal. De même, le taux de silice dans le sérum sanguin de vaches atteintes de mammite est de 1,02 mg/litre plutôt que de 1,63 mg/litre pour les vaches non atteintes. La silice, dont le rôle est semblable à celui du sélénium, a un effet marqué sur la formation de radicaux libres, la péroxidation des lipides et l'activité macrophage. On peut accroître la quantité de silice dans la ration en donnant des aliments riches en silice comme les pailles de céréales.

Autres facteurs nutritionnels
Les rations déficientes en vitamines A réduisent l'immunité. Un chercheur italien a expérimenté la supplémentation de vitamine A et de béta-carotène pour contrôler la mammite (Grandini, 1984).
Selon Katholm (1983), le fer joue aussi un rôle important dans la prévention de la mammite. Il est relié à la protéine lactoferrine.

Facteurs physiques et éthologiques

Besoin du veau
La célèbre phytothérapeute animale Juliette De Baïracli-Levy (1973) croît que l'une des causes principales de la mammite est l'empêchement pour la vache de pouvoir profiter du plaisir et du stimulus de laisser téter son veau. Elle distingue donc dans le fait de l'allaitement du veau un facteur «psychologique» et un facteur physique.
On observe souvent qu'une vache qui a récemment vélé et qui est séparé de son veau, le cherche et l'appelle. On peut bien sûr débattre du fait que la vache vit alors une «émotion» pénible. Mais si on admet cette hypothèse, on pourrait être porté à croire que certaines vaches, qui vivent plus difficilement la séparation de leur veau, développent plus facilement des mammites.
Au niveau physique, un veau tète sa mère plus souvent qu'elle n'est traite. Les microorganismes qui envahissent un quartier n'ont que très peu de temps pour se développer. Devrait-on traire les vaches plus souvent en début de lactation? Des chercheurs slaves (Tsolov et al., 1989) ont constaté que la durée et le fréquence de la mammite étaient plus faibles dans les deux mois qui suivaient le vélage pour les vaches qui nourrissaient leur veau pendant 6 à 10 jours plutôt qu'une heure, 2 jours ou 4 jours.
Hiérarchie du troupeau
En stabulation libre ou au pâturage, il se crée une hiérarchie dans le troupeau, phénomène encore plus apparent chez la chèvre que chez la vache. Il est possible que les dernières vaches dans la hiérarchie du troupeau, qui sont souvent harassées par les autres, aient plus tendance à développer des maladies. La stabulation libre a l'avantage d'établir clairement les relations hiérarchiques entre les vaches. Des vaches en stabulation entravées peuvent vivre comme un stress important le fait de se retrouver soudain dans un parc d'exercice où les relations ne sont pas claires entre les vaches.
Utérus-glandes mammaires
Il est démontré que les vaches qui ont une rétention placentaire ont plus souvent des mammites que celles qui n'en ont pas (Heinonen et Heinonen, 1989). Elles auraient jusqu'à 3 fois plus de chances de faire une mammite (Schukken et al., 1989). La mammite est clairement associée à la rétention du placenta dans le cas des mammites causées par Actinomyces pyogenes selon des chercheurs allemands (Zdunczyk et al., 1992), ce genre de mammite représentant 17% des cas en Allemagne. Souvent, les mammites qui apparaissent dans les deux deux mois qui suivent le vélage sont associées à un utérus mal nettoyé. Les décharges de matières purulentes souillent la queue, l'arrière de l'animal et le sol, ce qui favorise la contamination de l'environnement et, par la suite, du pis. Certains vétérinaires vont plus loin en disant que les organes reproducteurs peuvent servir de réservoir d'infection. Les pathogènes voyageraient alors dans le sang jusqu'aux glandes mammaires. De toute façon, méfiez-vous des rétentions placentaires!
Rumen-glandes mammaires
Le rumen est un organe très important de la vache, et la santé des autres organes dépend souvent de ce qui s'y passe. Lorsqu'une acidose se produit dans le rumen (trop de grain dans la ration par exemple), cela favorise les bactéries comme Streptococcus bovis et éventuellement les levures comme Candida albicans. Or, bien que ce soit rare, les toxines de ces dernières peuvent voyager dans tout le corps et entretenir les bactéries gram-positive qui envahissent le pis (Whittaker, 1985).

Facteurs humains

La plupart des études en laboratoire regardent les facteurs de façon isolés. Dans la recherche sur la mammite, on retrouve aussi quantité d'études basées sur ce qui se fait sur les fermes. Ces études s'appuient sur des questionnaires adressés au fermiers, aux résultats d'analyse de troupeau, etc. L'une de ces études, particulièrement originale, a été réalisée dans l'est de l'Irlande (Tarabla et Dodd, 1988), et intégrait les facteurs humains avec des facteurs de gestion de troupeau. Les résultats sont exposés dans le tableau suivant. Fait à noter, l'âge du fermier et le lavage des trayons ne sont jamais apparus comme des facteurs déterminants de l'incidence de la mammite au cours de l'étude.

Tableau 4 - Facteurs humains et production laitière

Caractéristique

Facteurs associés

Compte somatique bas

Position géographique de la ferme, traitement des vaches taries, production à la ferme des sujets de remplacements, attitude positive en rapport à la traite, travail en famille

Compte somatique élevé

Petit troupeau, examen irrégulier de l'équipement de traite, manque de litière sur plancher de béton, lave-pis sur les vaches sales seulement, peu d'ambition

Compte bactérien bas

traitement des vaches taries

Compte bactérien élevé

stabulation entravée, équipement de traite vétuste, période de retrait courte après un traitement antibiotique, faible tendance à chercher de l'information

Rendement laitier élevé

Troupeau moyen, traitement des vaches taries, tendance moyenne à chercher de l'information, élimination des vaches trop susceptibles

Rendement laitier bas

manque d'eau chaude au lieu de traite, utilisation d'un seul linge pour toutes les vaches, faible fréquentation des rencontres de fermiers, forte volonté de continuer la tradition fermière de la famille, pas de vacances


 
DÉPISTAGE

Pour dépister la mammite, il faut d'abord apprendre à reconnaître les symptômes propres aux différents types d'infections mammaires (voir tableaux 1 et 2 en pages 3 et 5 respectivement). Les principaux points à retenir sont les suivants:
  Observer le lait: l'examen routinier du lait à l'aide d'une tasse filtre, utilisée pour extraire les trois premiers jets avant le début du lavage (avant la traite), est sans doute la pratique la plus valable dans le dépistage de la mammite. Il faut surveiller la présence de grumeaux, de caillots, de sang, etc. Un lait plus chaud que normal peut être une bonne indication d'une infection par les staphylocoques dorés.
  Palper le pis: surtout après la traite, il est facile de détecter la présence d'enflures, de tissus fibreux, durcis ou blessés.
  Être attentif aux autres signes plus évidents: fièvre, rougeurs, etc.
Comme les symptômes sont souvent absents, surtout dans le cas des mammites infracliniques, cliniques subaiguës ou chroniques, on ne peut, au mieux, que repérer la moitié des cas de mammites par l'observation. Certains tests peuvent donc aussi être utiles, notamment le comptage cellulaire, l'identification bactérienne ainsi que le CMT (Mastitis Test).

Comptage des cellules somatiques

Tous les producteurs inscrits au contrôle laitier sont familiers avec le comptage cellulaire ou numération des cellules somatiques. Appelé parfois de façon erronée comptage leucocytaire, ce test inclut toutes les cellules somatiques, ce qui comprend les globules blancs (ou leucocytes) et les cellules épithéliales. Lorsqu'il y a inflammation, le système immunitaire de la vache répond en envoyant des leucocytes pour éliminer les corps étrangers. Le décompte des cellules somatiques présentes dans le lait peut donc indiquer si une vache est en train de combattre un microbe.
Le comptage cellulaire a été institué surtout pour s'assurer que le lait issu d'un troupeau est de qualité acceptable pour la consommation humaine. Pour détecter les vaches atteintes de mammite, il s'agit aussi d'un test très utile bien qu'imparfait à certains points de vue.
Premièrement, le comptage cellulaire ne distingue pas les leucocytes des cellules épithéliales. Par exemple, pour un lait normal avec un comptage de 50 000 cellules par ml, on peut avoir 20% de leucocytes et 80% de cellules épithéliales tandis que pour un lait mammiteux avec un décompte de plus de 500 000 cellules par ml, on retrouve plutôt 90 à 95% de leucocytes, mais cette proportion peut aussi bien être différente. Si l'on pouvait avoir seulement le décompte de leucocytes, on pourrait plus clairement voir si la vache combat une infection. Comme le comptage ne fait pas la distinction, il est difficile d'interpréter les résultats d'un comptage, surtout pour des valeurs moyennes. Dans le cas des décompte élevés (vaches millionaires), le diagnostic est toutefois clair et indique une mammite.
Deuxièmement, il y a une grande variation du nombre de cellules somatiques avec ou sans mammite. Ainsi, le nombre de cellules somatiques dans le lait est en général plus élevé dans les mois d'été, plus élevé en début et en fin de lactation et s'accroît avec l'âge de la vache. Cela dépend aussi de la génétique de la vache et du taureau (Hanus et Suchanek, 1991). Par ailleurs, l'accroissement du compte de cellules somatiques peut aussi être relié au désordre fonctionnel des organes reproducteurs. Même avec un échantillonage et un comptage bien effectué, on peut s'attendre à une variation de 25% d'un jour à l'autre sans que la situation du troupeau ait changé (Natzke, 1978).
Troisièmement, les vaches d'un troupeau réagissent différemment à une infection que les vaches d'un autre troupeau. Par exemple, Natzke (1978) rapporte que le comptage cellulaire moyen du lait provenant des quartiers infectés par des staphylocoques dorés était de 6,700,000 dans un troupeau et de 900,000 dans un autre. Dans la même étude, les quartiers non-infectés avaient un décompte de 600 000 dans un troupeau et de 150 000 dans l'autre.
Enfin, lorsque le comptage est très élevé, l'animal ou le lait montrent en général également des symptômes apparents qui indiquent une mammite. Le test ne nous apprend alors rien de plus que si l'on est attentif.
Malgré ces lacunes, le décompte somatique demeure un outil important et pratique pour mesurer la santé générale du troupeau ou de sujets en particulier. Natzke (1978) estime que le comptage cellulaire est particulièrement utile pour évaluer la santé du troupeau à long terme. L'observation de la tendance du comptage du troupeau année après année permet d'évaluer si des progrès ont été réalisés, si la situation est stable ou si elle empire.
Comptage et identification bactérienne
L'identification des microorganismes présents dans le lait est parfois utile à la ferme pour déterminer exactement quelle espèce de bactérie est responsable de l'infection. C'est le cas par exemple lorsque plusieurs vaches sont affligées des mêmes symptômes. Ces tests sont faits dans les laboratoires.

MESURES PRÉVENTIVES

Procédure de traite

Il est important de veiller à la propreté dans les méthodes de traite pour éviter de propager les germes ou de les laisser se développer. L'hygiène a pour but de prévenir la transmission des microbes d'un trayon à l'autre sur la même vache ou d'une vache à l'autre.
Faut pas capoter avec les microbes, mais...pourquoi les provoquer?
Pasteur a avoué à la fin de sa vie que "le terrain est tout, le microbe n'est rien", voulant dire par cela que dans un animal ou un humain en santé (bien alimenté, etc.) les microorganismes pathogènes ne peuvent pas provoquer de maladie.
Bien qu'il faille viser la santé optimum, celle-ci n'est pas toujours facile à obtenir dans la gestion d'un troupeau. Donc, en attendant, un peu d'hygiène ne fera pas de tort!
 
Lavage du pis
Le lavage du pis a un but hygiénique et un effet stimulatoire sur la montée laitière. Un lavage adéquat est important surtout pour prévenir les mammites environnementales, celles causées par les coliformes et autres microbes des environnements contaminés. Un lavage de pis mal fait contribue à transmettre les microbes plutôt qu'à les détruire.
D'après la revue de littérature de Pankey (1989), le plus bas décompte de bactéries dans le lait est obtenu en effectuant le lavage du pis de la façon qui suit:
  - Mouiller et nettoyer avec une serviette de papier humide individuelle les trayons seulement. Le fait de mouiller le pis et les trayons résulte en plus de bactéries dans le lait que si seulement les trayons sont mouillés.
  - Essuyer avec des serviettes de papier individuelles.
A noter que le bain de trayon avant la traite en plus du séchage ne donne pas de meilleurs résultats que le séchage seul, en plus d'augmenter les risques de contamination du lait par les produits désinfectants.
Lave-pis (recette de Daniel Lapointe)
Voici la recette de lave-pis de Daniel Lapointe, ex-producteur laitier biologique de l'Estrie. Bien qu'il ne s'agisse pas d'une formule dont la valeur antiseptique a été prouvée scientifiquement, il l'a utilisé avec de bons résultats pendant plusieurs années. Il s'agit de mélanger 13 litres d'eau chaude, 1 goutte d'huile essentielle de pin, 1 bouchon de péroxyde et 1 once d'argile.
 
Pré-traite
De tirer un peu de lait à la main avant la traite mécanique permet de stimuler la montée laitière et de prélever le lait avec un haut compte microbien. On utilise un bol à fond noir pour détecter le lait d'apparence anormale (grumeaux, etc.).
Ordre de traite
Il est important de traire les vaches qu'on sait infectées en dernier. Si possible, on trait dans l'ordre: les vaches de première lactation, les vaches normales, les vaches avec un haut comptage cellulaire et les vaches infectées.
Autres mesures pendant la traite
Il est important de traire au complet. Avec les trayeuses modernes, les risques de forcer l'entrée de microbes à la fin de la traite sont grandement diminués, pour autant qu'elles soient bien ajustées. D'après la revue de littérature de Grindal (1988) sur le sujet, on peut réduire les chances de pénétration des bactéries dans le pis en diminuant l'amplitude des fluctuations du vide et la vitesse du changement de vide au trayon. Pour cela, on doit avoir une bonne réserve de vide et des conduits appropriés, s'assurer que la griffe ne glisse pas des trayons et enlever la griffe avec précaution.
Bien que peu réaliste à l'échelle d'un troupeau, les risques d'infection peuvent être diminués si l'on finit la traite à la main. De Baïracli-Levy (1973) suggère même de masser le pis après la traite et de le frapper de haut en bas de la même façon que les veaux le font.
Il est important de traire deux fois par jour, même les vaches qui produisent peu. Plus le lait reste longtemps dans le pis, plus les risques d'infection sont grands. Il ne faut pas jeter le lait des premiers jets par terre afin de ne pas contaminer litière et plancher.
Bain de trayon d'après-traite
Le bain de trayon désinfectant après chaque traite est une mesure qui permet de diminuer d'environ 50% les risques d'infection par des microorganismes contagieux comme Streptococcus agalactiae et les staphylocoques dorés. Grâce au bain de trayon, les populations de ces microbes ne peuvent pas se développer suffisamment entre chaque traite. Le bain de trayon permet également d'éloigner les mouches.
Il est important que le bain de trayon contiennent jusqu'à 10% de substances bénéfiques à la souplesse des tissus des trayons: huiles, glycérine, lanoline. Une peau souple et en santé est une assurance de plus contre l'entrée des bactéries dans le pis. Les staphylocoques dorés ne persistent pas sur une peau saine.
Bain de trayon (recette de Daniel Lapointe)
Quatre litres d'eau, 5 ml d'huile essentielle de lavande, 5 ml d'huile essentielle de pin, 2 ml d'huile essentielle d'eucalyptus, 12 ml d'huile de coton (disponible en pharmacie) et 5 ml de bleu de methylène.
 
Nettoyage de l'équipement de traite
Il est bien sur important de nettoyer et désinfecter l'équipement à chaque traite. Le vinaigre de cidre ou de maïs et le péroxyde sont utilisés par certains producteurs comme alternatives à l'acide phosphorique et au chlore.
 
MÉTHODE DE TRAITE:
1. Recueillir les 3 premiers jets de lait de chacun des trayons dans une tasse-filtre.
2. Tremper une serviette de papier dans l'eau chaude avec désinfectant lave-pis, et laver chacun des trayons; retourner ce papier et laver les sphincters des trayons.
3. Prendre une autre serviette de papier, essuyer les 4 trayons et ensuite retourner la serviette pour faire le massage (préparation à la traite) en frottant vigoureusement les 4 trayons dans un mouvement circulaire: 0 à 3 mois de lactation = 10 fois; 4 à 7 mois de lactation = 15 fois; 8 mois et plus de lactation = 20 fois.
4. Installer ensuite l'unité de traite à cette vache, tout en ne perdant pas de vacuum.
5. Fermer le vacuum lorsque le débit de lait est insuffisant et enlever la griffe à lait puis faire immédiatement le bain de trayon.
Note: Seulement 15 à 20% des vaches ont besoin d'être égouttées. Dans ce cas, peser légèrement sur la griffe à lait tout en massant, de bas en haut, le ou les quartiers qui contiennent encore un peu de lait.

Hygiène et sécurité

À l'intérieur
Une litière abondante évite les blessures au pis, limite l'exposition au plancher froid et humide et permet de limiter le contact du pis avec le fumier. On doit mettre un minimum de 3 kg de paille par jour par unité animale comme litière (environ 1 tonne par vache par année). Il est mieux de mettre un peu de litière souvent que beaucoup peu souvent. La paille est le matériau préférable. L'ajout de chaux à la litière peut aider dans une étable où il y a un problème de mammite environnementale mais peut aussi irriter le pis, les trayons, et les poumons lorsque dans l'air.
Il est important d'éviter que les vaches se fassent des blessures au pis. On veillera à ce que les planchers ne soient pas glissants lorsque les vaches sortent de l'étable et qu'il y ait des tuyaux séparateurs entre les vaches. Il est bon de désinfecter l'étable deux fois l'an.
A l'extérieur
Il faut éviter la présence de trous de boue autour des bâtiments ou dans tout endroit où les vaches ont accès. Dans le même ordre d'idée, on doit s'assurer que les points d'eau à l'extérieur ne deviennent pas des bourbiers en les placant sur des sites élevés ou en faisant une plate-forme de gravier ou de béton sous l'abreuvoir.
On doit s'assurer qu'il n'y a pas de fil de fer barbelé qui traîne ou qui soient exposés et sur lesquels les vaches pourraient se blesser au pis.
On doit éviter la surpopulation dans l'étable et au champ, surtout en stabulation libre. La surpopulation augmente le stress imposé aux animaux et accroît les risques de transmission des mammites contagieuses.

Alimentation

Lorsqu'il y a un changement dans l'alimentation, celui-ci doit être progressif. On doit éviter les excès particulièrement pour ce qui est des concentrés et des aliments riches en azote non protéique (ex.: ensilage de luzerne et maïs-grain humide). Il faut assurer un rapport calcium-phosphore de 1,4 à 1,8, même en période de tarissement. Il peut être bon de donner des suppléments de sélénium et de vitamine E si la ration ne fournit pas le minimum nécessaire.

Réforme et remplacement

Remplacement: Ne pas acheter d'animaux infectés. Les faire tester avant l'achat et examiner le pis. Des recherches dans plusieurs pays ont démontré que jusqu'à 50% des vaches achetées ont des infections infracliniques (Philpot, 1978). Il vaut mieux acheter seulement des génisses (les génisses n'ont genéralement pas de mammites) ou encore mieux, produire soi-même ses sujets de remplacements. En tout cas, il faut éviter que les génisses se fassent téter car cela brise le seau des trayons et favorise donc l'intrusion des microorganismes pouvant causer de la mammite au vêlage.
Réforme: Réformer les animaux trop atteints ou atteints à répétition de mammites contagieuses. Les vaches avec des trayons endommagés qui ne guérissent pas devraient être placées au haut de la liste des sujets à réformer. Elles ont jusqu'à 10 fois plus de chances de faire une mammite. Les vaches qui gardent un haut comptage à toutes les lactations sont aussi à réformer.

Tarissement des vaches

Il est bien connu que la mammite affecte souvent les vaches récemment taries. Il faut éviter de trop nourrir ces dernières, surtout en temps de grandes chaleurs. Il faut surveiller particulièrement les vaches de premières lactations qui ont deux fois plus de chances de développer une mammite en période sèche que les autres (Natzke, 1978).
En agriculture conventionnelle, on vante souvent les mérites du traitement aux antibiotiques des vaches taries comme l'une des mesures les plus efficaces avec le bain de trayon d'après-traite pour réduire l'incidence de la mammite. Ce qu'on peut retenir de cela pour l'agriculture biologique, c'est qu'une vache tarie, ce n'est pas une vache qu'il faut oublier.
Le changement d'alimentation joue un rôle important. On distingue trois étapes:
Post-lactation (7 à 14 jours): on donne alors une diète réduite constituée de foin fibreux et pauvre pour provoquer une baisse rapide de la sécrétion laitière et stimuler le rumen. On doit réduire de beaucoup l'eau disponible pour l'abreuvement. Daniel Lapointe conseille également à cette étape de donner 4 gouttes par jour d'huile essentielle de sauge ou de menthol et du charbon de bois deux fois par jour pour faire cesser la production.
Sèche (30-90 jours): la diète est alors constituée surtout de fourrages avec un bon équilibre énergie-protéine et minéraux.
Pré-lactation (7 à 14 jours avant vêlage): à la ration fourragère balancée, on ajoute des concentrés riches en énergie en quantité modérée.
L'utilisation d'un bain de trayon au début et à la fin de la période (i.e. quinze jours avant le vêlage et 15 jours après le tarissement) où la vache est tarie peut être bénéfique dans les troupeaux où les mammites cliniques sont fréquentes (Oliver et al., 1956).

MESURES CURATIVES
Les mesures curatives suivantes concernent surtout les mammites cliniques et chroniques. Il y a une grande panoplie de méthodes curatives alternatives aux antibiotiques: homéopathie, argilothérapie, phytothérapie, etc. L'homéopathie a l'avantage par rapport aux antibiotiques de ne pas nécessiter de retrait de lait. Pour ce qui est des autres produits alternatifs utilisés, ceux-ci ne doivent pas se retrouver dans le réservoir de lait. Les tests de dépistage des antibiotiques dans le lait risquent en effet de réagir positivement à des produits comme certaines huiles essentielles.
Pendant l'administration d'un traitement, il est important de modifier d'autres pratiques:
  - Les vaches infectées doivent être alimentées prudemment. On réduit la consommation de concentrés et on supplémente avec des fibres et des laxatifs. Dans les cas de mammite clinique, Eckles (1913) conseille de réduire au tiers la ration en grains dès que les symptômes apparaissent et jusqu'à ce qu'ils disparaissent;
  - Donner un purgatif (sauf pour les traitements homéopathiques);
  - Éviter d'exposer l'animal infecté au froid et aux courants d'air;
  - Traire à la main doucement 3 à 6 fois par jour.
Dans le cas des produits à injecter dans le trayon, il faut être extrêmement prudent au niveau de l'hygiène. Il est en fait très difficile de faire une injection «propre» dans un milieu contaminé comme une étable sans provoquer une nouvelle contamination du quartier.
Dans tous les cas, il est important de consulter vite un vétérinaire s'il n'y a pas d'amélioration rapide.

Argilothérapie

L'argile a plusieurs propriétés thérapeutiques. En cataplasme, elle s'est avérée efficace contre l'inflammation associée à la mammite en raison de son très grand pouvoir absorbant. Pour préparer un cataplasme d'argile, on mélange de l'argile (blanche, verte ou grise) avec un liquide. Certains producteurs utilisent de l'eau à la température de la pièce, d'autres de l'huile d'olive. Un bon compromis consiste à mélanger moitié eau, moitié huile, l'huile donnant une consistance plus élastique à la pâte. Le produit final doit être assez liquide tout en adhérant fermement en place sur le pis.
Quand on utilise que de l'eau, on peut la laisser s'infiltrer tranquillement dans l'argile sans mélanger et en couvrant le récipient avec un linge et en le laissant au soleil. Le mélange avec de l'huile nécessite toutefois d'être brassé. Dans les deux cas, il faut utiliser une cuillère de bois et le récipient doit idéalement être fait de matière non-réactive telles que la porcelaine ou le verre. L'effet thérapeutique de la pâte peut être accru en ajoutant 2 ou 3 gouttes d'huile essentielle de pin ou de thym pour chaque deux litres de mélange.
Le cataplasme d'argile doit être étendu sur les parties du pis infectées après la traite. L'argile peut être enlevée une fois sèche et remplacer 2 à 3 fois par jour par une nouvelle application. Après la traite du soir, le cataplasme peut être laissé pour la nuit.
Dans le cas du mélange contenant de l'huile, on sait que la mammite est guérie lorsque le pis reste huileux une fois l'argile sèche enlevée. Ce traitement devrait produire des résultats en deux ou trois heures dans le cas d'une mammite aigue, 4 à 6 heures pour des cas moins graves et en deux à trois jours pour les mammites chroniques. Si le traitement ne semble pas avoir d'effet après ce temps, il faut envisager d'autres mesures.

Homéopathie

Les renseignements suivants sont donnés à titre d'informations et ne prétendent pas remplacer la consultation d'un vétérinaire-homéopathe.
Prévention
Les traitements homéopathiques préventifs se font au moyen de nosodes au niveau du troupeau plutôt que pour chaque animal. Un nosode consiste en des fragments de cellules pathogènes qui ont pour effet d'accroître la réponse immunitaire. Le nosode à préparer dépend de l'espèce ou des espèces de bactéries qui posent problème dans le troupeau. MacLeod (1981) conseille un nosode de 30 dilutions sous forme liquide à administrer par la bouche ou dans l'eau de boisson du troupeau.
Complexes
Une alternative aux nosodes qui s'avère particulièrement bonne pour les cas infracliniques, est d'utiliser en conjonction des remèdes homéopathiques ayant fait leur preuve pour les affections des glandes mammaires. MacLeod (1981) conseille par exemple comme remèdes polyvalents les combinaisons suivantes: Belladonna, Bryonia et Urtica Urens; Phytolacca ainsi que Sulphur, Silicea et Carbo vegetabilis.
La plupart des laboratoires homéopathiques (voir adresses utiles à la page 33) offrent des complexes spécifiques pour la mammite. Ces complexes, qui guérirait trois cas sur quatre, ont l'avantage d'être facile d'utilisation. Certains praticiens déconseillent l'utilisation de complexes dans le cas d'animaux qu'on voudrait garder de nombreuses années car ils auraient tendance à «mélanger» le système immunitaire.
Les traitements homéopathiques sont à administrer par les muqueuses. L'homéopathie donnerait de moins bons résultats quand l'infection vient de blessures au trayon.
Traitement spécifiques
Les remèdes homéopathiques plus spécifiques sont choisis en fonction des symptômes tels que l'apparence du lait mammiteux, le type d'oedème, etc.. Ceux employés par deux célèbres vétérinaires-homéopathes, le britannique MacLeod et le français Quiquandon sont présentés aux tableaux 4 et 5.

Tableau 4 - Remèdes homéopathiques utilisés dans le traitement de la mammite par MacLeod

Remède homéopathique

Symptômes

Dose

Belladonna

1m

Pour mammite aiguë post-partum. Pis très enflé et rouge, douleur évidente au toucher. L'animal est chaud, son poulx est rapide et fort.

1 dose à l'heure. 4 doses.

Aconitum

6x

Traitement de routine pour tous les cas aigus, surtout ceux qui se développent soudainement après une exposition de l'animal à des vents froids et secs. Calme la tension et l'anxieté.

1 dose à la demi-heure. 6 doses.

Apis Mellifica 6c

Indiqué pour les premiers vélages, génisses qui ont oedème du pis et autour. La veine mammaire est engorgée.

1 dose tous les 3 heures. 4 doses.

Bryonia Alba 30c

Indiqué pour les pis enflés et très durs. La douleur du pis est moins intense lorsqu'on le presse, l'animal est souvent alors couché. Surtout bon pour les cas chroniques avec fibrose.

Cas aigus: 1 dose aux 4 heures. 4 doses.

Cas chroniques: 1 dose 2 fois par semaine pendant un mois.

Arnica Montana 30c

Pour les cas de mammite qui proviennent de blessures au pis. Du sang peut alors être présent dans les sécrétions.

3 doses par jour pendant 3 jours

Bellis Perennis

6c

Comme pour Arnica, mais pour les blessures plus profondes (ex.: problème de trayeuse négligé)

3 doses par jour pendant 4 jours

Phytolacca

30c

Utile pour les cas cliniques et chroniques. Cas cliniques avec lait caillé et coagulé. Cas chroniques avec apparition de petits caillots en mi-lactation.

Clinique: 3 x/jours pendant 3 jours, suivi de 1 dose par jour pendant 4 jours.

Chronique: 1 dose aux 3 heures, 4 doses

Urtica Urens

6x

Pour les cas cliniques où l'on observe de l'oedème en forme de plaques s'étendant souvent jusqu'au périnée.

1 dose à l'heure, 4 doses

S.S.C.

30 c

Mélange de Soufre, Silice et Carbo Vegetabilis qui donne de bons résultats pour les cas cliniques et infracliniques. Les grumeaux sont généralement gros et jaunâtres, surtout dans le premier lait.

3 doses par jour pendant 3 jours

Hepar Sulphuris

6x

Aide à la suppuration et le nettoyage du pis dans le cas des mammites d'été (C. pyogenes)

1 dose aux 3 heures, 4 doses. 1 ou 2 doses de plus grande dilution après que le pis soit ok

Silicea 200c

Aussi utile pour les cas de mammite d'été avec abcès purulent

2 doses par semaines pendant 4 semaines

Ipecac 30c

Utile pour soigner saignement interne qui donne du lait rosé ou saignement.

3 doses par jour pendant 3 jours

Source: adapté de MacLeod (1981) Légende: x, c et m réfère à la dilution soit dix, cent et mille

Tableau 5 - Remèdes homéopathiques utilisés dans le traitement de la mammite par Quiquandon

Remèdes

Symptômes

Belladonna 5 CH

Glande mammaire chaude, rouge, douloureuse au toucher, fièvre élevée. Animal prostré.

Lachesis 5 CH + Belladonna 5 CH

Glande mammaire violacée, infiltration des tissus sous-jacente avec latéralité gauche. Animal prostré.

Lachesis 5 CH + Carbolicum acidum 5 CH

Mammite gangréneuse

Vipera Reddi

Inflammation aiguë avec oedème, veines gonflées, tendance à la gangrène, douleur intense au toucher, quartier atteint peut être froid. Coeur faible, pouls petit et rapide.

Conium maculatum + Plumbum iodatum 5 CH

Indurations glandulaires marquées. Mammite chronique ou fin de mammite. Peu ou pas de douleur au toucher. Hypertrophie suivie d'atrophie.

Phytolacca en alternance avec conium

Quartier dur ou nodosités à l'intérieur. Toucher douloureux, ganglions rétro-mammaires hypertrophiés. Fissure au niveau des trayons.

Bryonia

Mammite aiguë avec glande dure, chaude mais pâle. Animal immobile. Une forte pression apporte soulagement.

Silicea

Pour tarir le pus.

 Source: Quiquandon (1982) 

Dans les cas de mammite clinique, particulièrement celle provoquée par E. coli, Merck et al. (1989) ont obtenu de bons résultats avec le traitement homéopathique suivant:
- Traitement initial: Aconitum D4, phytolacca D1, bryonia D4
- Traitement subséquent: phytolacca D1, bryonia D4, lachesis D8
aussi Mercurius solubilis D4. 

Phytothérapie 

Méthode de Juliette De Baïracli-Levy
Cette méthode demande soin et attention pendant une semaine ou plus et, de ce point de vue, n'est pas vraiment applicable aujourd'hui dans un troupeau commercial. Elle a toutefois fait ses preuves en Angleterre où elle s'est avérée très efficace dans les cas de mammite clinique. Les herbes médicinales à utiliser sont l'ail et la germandrée à feuille de sauge, nom scientifique Teucrium scorodonia, nom anglais wood sage (voir les adresses utiles en page 33 pour une source de semences). La germandrée agit spécifiquement sur les problèmes des glandes mammaires. Voici cette méthode:
- Confiner l'animal à l'intérieur dans un endroit aéré;
  - Commencer par un jeûne de deux jours. Donner de l'eau seulement;
  - Pour être sur que l'animal ne mange pas sa litière, placer celle-ci dans des sacs, les sacs de litière servant de litière. S'assurer qu'il y ait assez de sacs pour que l'animal ne soit pas en contact avec le béton froid;
  - Chaque matin du jeûne, donner en une seule dose un thé de germandrée. Préparation de la germandrée: couper finement deux poignées de l'herbe, infuser dans un litre et demi d'eau, ajouter deux c. à thé de miel;
  - Chaque soir des deux jours de jeûne, donner un laxatif à base de senné. Prendre vingt gousses de senné, les tremper dans un demi-litre d'eau froide pendant au moins six heures, ajouter une cuillérée à thé de gingembre moulu. Donner en une dose;
  - Le matin du troisième jour, donner un mélange de deux litres de lait, un demi-litre d'eau tiède et dix grosses cuillérées à table de mélasse. Donner aussi de la germandrée coupée finement et mélangée avec du son et de la mélasse;
  - Donner matin et soir un demi-litre d'une préparation faite en râpant deux gousses d'ail dans un litre d'eau (6 à 8 gros gellules d'ail matin et soir sont équivalents);
  - A la mi-journée, donner une ration de foin étuvé c'est-à-dire environ le tiers d'un contenant d'un gallon de foin doux, amolli en le chauffant pendant une heure au-dessus d'eau chaude. Ajouter 1 kg de son et dix c. à table de mélasse;
  - Donner la même ration le soir. Ne pas redonner de laxatif;
  - Continuer avec la même ration pendant trois jours, en augmentant tranquillement la quantité de foin selon l'appétit de l'animal;
  - On peut aussi donner deux fois par jour, si elles sont disponibles, plusieurs poignées des plantes suivantes: feuillage de framboisier, Geranium robertianum, Artemisia abrotanum;
  - Quand la vache a de nouveau une température normale, la remettre à l'herbe et au soleil.
Varech
Le varech, une algue marine, est l'une des rares plantes dont l'effet contre la mammite ait été prouvé scientifiquement (Vacca et Walsh, 1954). Son effet est toutefois plutôt préventif que curatif. Dans une expérience de sept ans où des vaches jumelles recevaient ou non du varech dans leur ration, l'incidence de la mammite était fortement réduite chez les vaches qui recevaient du varech. Le varech aurait une action contre différents types de bactéries, sans compter les nombreux minéraux qu'il contient.
Onguent à mammite des biodynamistes
Cet onguent à appliquer sur les quartiers atteints est fait à base de lard et de fleurs de souci. Voici comment on le prépare selon Jost (1984):
  - Faire fondre 2 kg de lard dans un bain-marie;
  - Ajouter deux poignées de fleurs de souci séchées;
  - Laisser chauffer à feu doux pendant une demi-heure toujours dans le bain-marie;
  - Pour un onguent plus puissant, ajouter de l'extrait de souci obtenue de la façon suivante: remplir un pot de verre de 50 à 100 ml de fleurs séchées; couvrir avec de l'éthylacétate (en vente dans les pharmacies); boucher le contenant. L'éthylacétate s'évaporera en peu de temps;
  - Filtrer le mélange chaud à travers un tamis;
  - Remplir des contenants d'un litre et laisser refroidir.
Aloès
L'aloès est particulièrement indiqué pour soigner les blessures au pis, ce qui souvent entraîne des cas de mammite à staphylocoque. L'application d'aloès permettra de guérir les tissus affectés rapidement.
Pour le traitement de la mammite comme telle, Coats et Holland (1985) recommande d'injecter 20 à 60 cc d'aloès (en gel ou en jus) dans le quartier infecté au moins une fois par jour. Il faut s'assurer que l'extrémité du trayon est stérilisé avant d'injecter car l'aloès va entraîner toutes les saletés avec lui, ce qui peut empirer la situation.
L'aloès aide à drainer l'infection, a des propriétés anti-inflammatoire et coagulente. Il a une action diurétique aussi, ce qui permet de ramollir le pis durci. Encore une fois, il est important de rappeler que le lait issu de vaches ainsi traitées ne doit pas aller dans le réservoir à lait.
Cataplasmes
Sheldon (1890) recommande plusieurs traitements à base de plantes médicinales pour les cas de mammite cliniques:
1. Application de compresses (attention! l'eau chaude peut faire augmenter l'inflammation) suivi de cataplasmes de tourteau d'houblon, de feuilles de thé ou de son. On répète l'opération fréquemment. Un filet en forme de T attaché à l'animal permet de garder le cataplasme en place. La patte du T passe entre les pattes arrière de l'animal et est attaché avec les branches du T qui remonte sur chaque côté du pis.
2. Des extraits ou un onguent de belladone frotté quotidiennement sur le pis réduit la douleur et facilite la sécrétion du lait mammiteux.
3. La fébrilité et la constipation qui accompagne la mammite clinique peuvent être traité en donnant de l'huile et de la mélasse. 

Oxygénothérapie 

On entend de plus en plus parler de la thérapie par l'oxygène comme de la panacée universelle pour le traitement des maladies autant chez les végétaux que chez les animaux. Il est vrai que l'oxygénation est essentielle à la santé des humains et des animaux. Pour l'oxygénothérapie, c'est habituellement le péroxyde d'hydrogène qui est utilisé.
Il existe un traitement pour la mammite, appelé traitement de Koch du nom de son inventeur le Dr. William Frederick Koch, qui est à base d'une substance oxygénante comme le péroxyde, le glyoxilide. Des essais  ont donné de très bons résultats grâce à ce traitement.
Le glyoxilide est vendu en ampoule de 5 cc, ce qui est la dose pour un traitement. Cette dose est injectée avec une seringue hypodermique dans la muscle du cou de la vache, parfois la croupe. Un seul traitement est administré, parfois deux, rarement trois. Le glyoxilide provoquerait des réactions en cycle de 21 jours, réactions qui s'estompent avec le temps. Il aurait une action se prolongeant sur une à deux années. 

Autres 

Plusieurs autres méthodes et produits sont employés dans le traitement de la mammite. Si on peut se permettre certains doutes sur des trucs dont l'efficacité n'est pas prouvée scientifiquement (ex.: blanc d'oeuf injecté dans le trayon), on peut aussi s'en permettre sur des méthodes prouvées scientifiquement mais qui risquent de faire souffrir l'animal (ex.: injection dans le trayon d'un mélange de sulfate de cuivre, de chaux vive et d'huile de nim; Vijayan et al., 1987). Voici tout de même quelques autres méthodes curatives qu'il importe de mentionner.
Méthode naturelle
Une des méthodes éprouvées de traitement rapide de la mammite consiste à laisser un veau vigoureux téter la vache affectée en s'assurant que le veau téte les quartiers infectés. Malheureusement, le veau peut ainsi devenir un vecteur du microbe dans le troupeau.
Acupuncture
L'acupuncture est efficace contre la mammite mais le traitement est très long et donc moins intéressant par rapport à d'autres thérapies selon Kendall (1988). De plus, il n'y a pas d'acupuncteurs traitant les bovins.
Anticorps
Certains produits commerciaux sont faits à base d'anticorps. Colostrum est l'un de ces produits disponible par l'intermédiaire d'un vétérinaire homéopathe. Il est appliqué en injection intramusculaire. Ce produit ferait disparaître le problème en moins de 12 heures et n'occasionne aucune perte de lait. 

Conclusion 

Il ressort de cette revue de littérature sur les moyens de prévenir et de soigner la mammite sans antibiotiques les faits suivants:
  - Il y a plusieurs types de mammites. C'est un atout pour le producteur laitier que de savoir distinguer les différents types de mammites et de connaître les conditions propices au développement des microorganismes qui en sont responsables.
  - Une foule de facteurs peuvent prédisposer les animaux à la mammite: facteurs environnementaux, génétiques, nutritionnels, physiques, éthologiques et humains. Il est rarement possible d'attribuer à une seule cause l'apparition d'une mammite. L'hygiène de traite et l'alimentation, même pendant la période de tarissement, ressortent comme des facteurs importants.
  - Le comptage des cellules somatiques est une méthode pratique bien qu'imparfaite de détecter la mammite. Elle s'avère particulièrement utile au niveau du troupeau pour observer l'évolution à long terme. Au quotidien, l'examen visuel du lait et tactile du pis demeurent des méthodes de détection essentielles.
  - L'hygiène appropriée pendant la traite, la litière et l'espace suffisant pour l'animal, la réforme des sujets affectés à répétition et l'alimentation adéquate même pendant la période de tarissement, sont des moyens de prévenir les mammites.
  - Les cataplasmes d'argile, les remèdes homéopathiques, les plantes médicinales et l'oxygénothérapie peuvent être utilisés comme moyens curatifs contre la mammite.
La mammite, sous toutes ses formes, est une maladie à prendre au sérieux. La consultation d'un vétérinaire est recommandée.

1. 1 Le taux de mammite contagieuse a diminué grâce aux antibiotiques, mais le taux de mammite environnementale a augmenté parallèlement. Voir le tableau 1 pour la distinction entre ces deux types de mammite.
2. 2 Par exemple Staphylococcus hyicus, Staphylococcus epidermis et Corynebacterium bovis.
3. 3 Il est possible que certains microorganismes entrent dans le pis en provenance d'autres parties du corps, mais la question reste encore à débattre. On doit donc assumer que la porte d'entrée principale des microbes est le trayon.

MISE-EN-GARDE
Ce document a pour but de faire la synthèse de l'information scientifique et populaire disponible sur le sujet traité, dans une perspective d'agriculture biologique. Il ne s'agit donc pas de recommandations ou d'un guide de production.


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Sources: par Jean Duval, agr., M.Sc.

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